Nous avons la tristesse de vous informer du décès de Brigitte Schröder-Gudehus, professeure honoraire au Département de science politique, intervenu le 19 avril 2026. Elle avait 94 ans et avait pris sa retraite en 1996, tout en maintenant une vie scientifique active.
Brigitte est née à Blankenburg, en Allemagne, en 1931. Elle a passé une partie de son enfance pendant la guerre, puis son adolescence et une partie de sa jeunesse en Allemagne de l’Est. Fille unique, elle a grandi dans une famille de la petite bourgeoisie intellectuelle. Son père, enseignant et franc-maçon, n’a pas pu exercer pendant la période nazie. Plus tard, il est devenu évident que Brigitte ne pourrait pas entreprendre des études universitaires en République démocratique allemande. Ayant été témoin de plusieurs tragédies du XXᵉ siècle, elle a choisi la science politique pour tenter de les comprendre. C’est ainsi qu’elle a quitté clandestinement l’Allemagne de l’Est pour rejoindre l’Allemagne de l’Ouest, puis s’est inscrite au doctorat à l’Institut des hautes études internationales de Genève, où elle a obtenu son diplôme en 1966. Engagée comme professeure au Département de science politique de l’Université de Montréal, Brigitte a mené une carrière reconnue internationalement dans les domaines de la politique étrangère, de la politique des sciences, de la diplomatie scientifique et des expositions universelles. Elle est reconnue comme une pionnière dans ces champs de recherche.
Parallèlement à l’enseignement et à la recherche, Brigitte a joué un rôle important dans la construction et la direction d’institutions vouées au développement de ces domaines. Elle a notamment été à l’origine de la fondation de l’Institut d’histoire et de sociopolitique des sciences de notre université. Cet institut a été une référence internationale dans le champ de la sociopolitique des sciences. Brigitte l’a dirigé pendant plusieurs années et l’a défendu avec acharnement lors de sa fermeture due à des coupures budgétaires. Entre 1989 et 1991, elle a été directrice du Centre de recherche en histoire des sciences et des techniques à la Cité des sciences et de l’industrie, à Paris. Durant la même période, elle a également été nommée directrice de recherche associée au CNRS.
Parmi ses nombreuses publications — livres et articles — figurent deux ouvrages phares dans le champ de la politique des sciences : Les scientifiques et la paix : la communauté scientifique internationale au cours des années 20 (Presses de l’Université de Montréal, 1978) et Les fastes du progrès : le guide des Expositions universelles 1851-1992 (avec Anne Rasmussen, Flammarion, 1992).
Collègues, étudiant·e·s et ami·e·s appréciaient et regretteront sa générosité. Sa maison n’était pas seulement une prolongation de la salle de cours, mais aussi de la bibliothèque et de la cafétéria. Le travail se terminait par un repas et souvent par des conversations autour de Wagner ou de Goethe, ou encore de sa vie en Allemagne pendant la guerre, ce qui passionnait toutes et tous.
Elle laisse dans le deuil toutes celles et tous ceux qu’elle a accueillis, guidés, nourris et… fait rire.
Graciela Ducatenzeiler
Professeure à la retraite
Département de science politique
Université de Montréal
